La réforme forestière de Colbert

Un siècle et demi plus tard, lorsque Colbert, sous Louis XIV, fait procéder à un état des lieux des grandes forêts royales, le compte rendu de ses conseillers est alarmant. La dégradation de la forêt et le désordre des coupes sont tels que le recépage doit être prescrit sur la presque totalité de la surface forestière. Seuls 150 ha de bonne futaie sont préservés dans l’inaccessible canton de la Bouteille.
Ainsi de 1675 à 1735, la forêt de Tronçais passe en coupe avec le maintien de 20 chênes à l’hectare, conformément à la grande ordonnance de 1669.
Les rejets de souches de cette coupe et l’ensemencement des chênes réservés devaient constituer la future futaie de Tronçais.
Grâce à la prévoyance du ministre de Louis XIV, la forêt fut sauvée de la ruine, et d’une annexion par les communes riveraines qui peu à peu rognaient ses limites.

La futaie Colbert, aujourd'hui l'un des seuls chênes survivants

Quand la raison d’État prime

A la fin du XVIIIe siècle, la France va mal.
Les caisses royales ont besoin de nouvelles recettes, et tout doit être fait pour permettre le développement des industries récentes.
Ainsi en 1779, les futaies de Tronçais, alors âgées de 40 à 100 ans, sont exploitées pour alimenter les forges du Berry, et dès 1788, celles de Tronçais. La forêt est transformée en taillis et en taillis-sous-futaie à révolution de 40 ans.
Seul le centre du massif est conservé en futaie pour répondre aux futurs besoins de la Marine.
C’est de cette réserve que sont issus les fameux chênes de la « Futaie Colbert » qui ont fait la célébrité de cette forêt.

Vers des jours meilleurs

Dans la première moitié du XIXe siècle, des faits importants ont marqué la destinée de Tronçais.
Tout d’abord en 1824, la création de l’École royale des Eaux et Forêts de Nancy, dont les premières promotions d’élèves apportent dans l’exercice de la profession les nouvelles connaissances de la science sylvicole.
Puis 1827 voit la mise en place du Code forestier ; il donnera les grandes lignes de la gestion forestière. Enfin, le comte de Buffévent est nommé au poste d’inspecteur des Eaux et Forêts à Montluçon.

Nouvel état des lieux

De ses visites en forêt de Tronçais, Monsieur de Buffévent nous a laissé une description qui n’est pas sans rappeler le rapport alarmant fait par les conseillers de Colbert un siècle et demi plus tôt.
Des lambeaux de taillis de chêne, sont entrecoupés d’étendues désolées, pourries par l’humidité et couvertes de bruyère et d’ajonc. Au milieu de ces landes balayées par le vent, des mulets cherchent les jeunes pousses qui assurent leur maigre pitance. Leurs dents, mieux que le fer de la cognée, ont su rabattre la végétation. Seul le massif de la réserve, situé au centre de Tronçais a encore l’aspect d’une forêt.

Le renouveau de Tronçais, une sylviculture à la pointe des traditions

A la suite de ce constat, Monsieur de Buffévent va désormais s’attacher à redresser la situation de la forêt.
Il rédige vers 1835, le premier plan de gestion de la forêt de Tronçais ; il a le mérite de s’appuyer sur des traditions héritées des siècles passés et d’innover en s’ouvrant aux toutes nouvelles sciences forestières.

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